Charles
Flamant
Le Grand
Sud
Roman
Du même
auteur :
Les Diamants de
Popenguine
Aventures
Africaines
Gabon
Sierra
Léone
Sénégal
Sous
l’Equat’or
Aventures au
Gabon
Sirius
Le mage Sirius se frotte les
mains. Des mains fines, bien manucurées. Il sait qu’il
doit mettre en confiance dès la première rencontre,
dès le premier rendez-vous, car la première
impression est la meilleure.
Il se regarde dans le grand
miroir qu’il a fixé au mur, dans l’entrée
de son bel appartement parisien. Il se regarde. Il n’a pas,
comme son père, les traits marqués. Il n’a pas
une tête de dur, comme celle de son père. Il se
regarde et il se sourit d’un sourire qui montre de la
satisfaction. D’un sourire qui laisse aussi paraître un
soupçon de cynisme.
Physiquement, Sirius
présente plutôt bien. Un mètre soixante quinze,
soixante dix kilos. Cheveux châtain clair. Sirius est un
garçon solide mais sa stature ne le désigne pas comme
un « costaud » qui ferait peur. Ses
yeux noisette lui donnent un air très doux qui invite
à la confidence.
Pour exercer son art, il se
coiffe d’un turban et revêt une aube crème
fermée par une ceinture orange pâle en
soie.
Il a copié sur le mage
qu’il a consulté en Inde. Après une visite chez un
marabout africain, pour comparer, son choix est fixé. Il
opte pour le costume indien ! Quant à son pseudo,
c’est tout simplement en regardant une carte du ciel que le
nom de Sirius a frappé son esprit, car dans
l’astrologie chinoise, le mage est
Chien.
Sirius est le nom de
l’étoile la plus brillante dans la constellation du
Grand Chien.
Il ne connaît rien
à l’astrologie mais il a quand même ouvert un
bouquin dans le domaine, histoire de dire qu’il sait au moins
à quoi ressemble une constellation.
« Sirius, signe
chinois Chien ! Avec toutes ces coïncidences, je dois
être le plus brillant de tous ! », se dit le
mage en plaisantant.
C’est ce qui le fait sourire.
D’ailleurs
l’espace d’un court instant, il a cru entrevoir comme
un signe dans toutes ces coïncidences. Mais l’instant a
été très fugitif. Se mettrait-il à
croire à toutes ces sornettes, lui
aussi ?
Dès qu’il a un
client, Sirius lui demande avec beaucoup de tact, beau-coup
d’habileté, tous les détails nécessaires
à l’établissement d’un thème
astral. Il essaie d’en connaître le plus possible sur
son client dès la prise de rendez-vous, au
téléphone. Pas bête, le
Sirius !
-- Je préfère
commencer l’étude de votre thème le plus
tôt possible. Ainsi, quand nous nous rencontrerons,
euh…disons dans trois jours, nous perdrons moins de temps.
J’aurai déjà plein de bonnes choses à
vous raconter, j’en suis sûr.
Même si on est surpris,
on ne peut pas refuser de répondre aux questions de Sirius,
car lorsqu’on vient chercher du réconfort
auprès d’un mage ou d’un voyant, on est en
position de faiblesse.
Puis Sirius demande le
thème astral à un
« confrère » qu’il trouve
facilement dans la jungle des astrologues qui sévissent sur
internet. Il règle par paiement sécurisé,
évidemment, et répercute le tarif sur ses propres
honoraires. Il apprend le métier sur le tas. Il apprend la
cartomancie en même temps qu’il tire les cartes.
Ça l’amuse. Et à défaut de bien tirer
les cartes, Sirius est suffisamment intelligent et adroit pour
tirer les vers du nez de ses clients, qu’il
préfère appeler ses
patients.
-- Ainsi, je me sens plus
près de vous, leur dit-il, avec un grand
sourire.
Il se sent bien dans son
cabinet de mage qu’il a décoré avec goût.
L’endroit est chaleureux, et nombre de patientes, surtout,
voudraient bien y rester.
-- Mon Dieu que l’on est
bien chez vous ! entend-il souvent.
Sirius reçoit ses
clients masculins assis face à face à son bureau.
Oui. Il sait que les hommes ne reviendront pas chez lui.
D’ailleurs la plupart lui téléphonent pour
l’insulter. Par contre il est plus attentif avec sa
clientèle féminine. Il charme les femmes qui lui
plaisent et en général, elles, elles
reviennent. Il les charme mais pas question de
s’accrocher !
Il leur réserve le
cérémonial du thé, assis dans de profonds et
moelleux coussins, presque à raz de terre. Entre eux, une
table très basse mais très grande pour pouvoir y
servir le thé avec petits fours et y étaler le jeu de
tarots. Le thème astral recopié par Sirius
lui-même, pour se faire la main, tient aussi de la
place.
-- Regardez, chère
amie. Toute votre vie est là, dit il en balayant la carte du
ciel de sa main.
Sirius n’oublie pas les
bougies et les bâtonnets d’encens dont la fumée
semble danser au son d’une musique orientale bien
orientée dans ses messages
subliminaux.
Les messages subliminaux,
c’est la seule chose en laquelle croit Sirius. Ça et
l’auto hypnose, qu’il pratique pour se
relaxer.
Le bouche à oreilles
fonctionne bien et Sirius a une belle
clientèle.
-- Tu devrais y aller, on se
sent bien chez lui ! se racontent quelques patientes qui
s’ennuient chez elles.
-- Je viens de la part
d’une de mes amies, madame une telle, qui est
déjà venue vous consulter. Elle est ravie, vous
savez !
-- Ah ! Quel
bonheur ! répond Sirius en levant les yeux au ciel, les
mains jointes.
Oui chère amie, quel
bonheur et ce moment est si grand que je dois en remercier le
ciel.
Elles reviennent pour
l’atmosphère qui règne chez Sirius et elles
oublient que les prédictions ne sont pas très rapides
à se réaliser. Sirius est sensé prier et
demander de l’aide au Ciel pour que se réalisent les
souhaits de ses patientes et certaines se plaignent un peu
même si elles se sentent bien chez
lui.
-- Le cosmos est vaste,
chère amie, les ondes que nous avons semées il y
a…combien déjà ?
-- Un bon
mois !
-- Ah ! Quand même,
répond Sirius. Le temps cosmique passe très vite,
ajoute-t-il.
Vous reprendrez bien une tasse
de thé ? demande Sirius pour faire
diversion.
-- Avec plaisir, répond
la patiente qui s’impatiente.
Le temps cosmique passe
peut-être vite, ajoute-elle, mais pour soixante dix euros la
séance, il pourrait faire un
effort.
Sirius n’aime pas trop
ce genre de réponse pleine d’ironie mais il sait que
sa patiente se sent bien chez lui. Il sait que l’ambiance qui
règne dans son salon vaut une consultation chez un psy qui
pratiquerait, en plus, un massage relaxant. D’ailleurs Sirius
a pensé, un temps, se lancer dans ce domaine.
« Psy-masseur ». Mais on ne l’aurait
pas pris au sérieux et on l’aurait taxé de
vicieux. Et pourtant c’est une dis-cipline qui
manque !
Quand une patiente se plaint,
elle sait que pour être apaisée, elle va
bénéficier d’un traitement de faveur. La
consultation va durer un peu plus longtemps. D’ailleurs
qu’est ce qu’elle ferait chez elle ?
S’ennuyer ? Autant rester un peu plus longtemps
ici !
Avant qu’il ne
s’installe, Sirius a pas mal voyagé et a ramené
des souvenirs d’un peu partout.
Des Indes, qu’il a
beaucoup appréciées, de la Thaïlande, du Japon
et plus près d’Espagne et du Maroc.
C’est grâce
à la générosité de son papa, plus que
de sa mère, qu’il a pu bourlinguer. Tout incite au
voyage dans son « cabinet salon ». Il
pourrait faire agence de voyage par la même
occasion !
Les posters des taureaux
d’Espagne côtoient ceux des dromadaires du Sahara, les
palmiers côtoient les cerisiers du Japon. Les plages de
Phuket celles de Casablanca et les temples bouddhistes les
mosquées du Maroc.
Passer un heure et demie chez
Sirius, c’est être déjà parti. Alors pour
soixante dix euros, ses patientes n’ont pas à se
plaindre.
Sirius est un cœur
à prendre et il n’hésite pas à le faire
deviner à ses patientes mais ça fait partie du jeu.
«Son jeu!» Certaines, qui espèrent, se laissent
prendre à ce jeu qui fait gonfler le compte en banque de
Sirius. Mais il ne voudrait pour rien au monde une de ses patientes
pour épouse. Et il n’est pas
pressé.
« Comment
pourrais-je vivre avec une fille qui se fait arnaquer, qui croit
aux mages, aux cartes, aux thèmes astraux ? Et nos
enfants, comment va-t-elle les éduquer ? En
demandant aux cartes,
peut-être ? »
Sirius a raté deux fois
son bac, ce qui lui a foutu un coup au moral. Il voulait faire des
études mais ne savait pas dans quel domaine se lancer. Il
sait que les études, ça commence par le bac et puis
pas de chance. Ce qu’il sait aussi, c’est qu’il
lui faut beaucoup d’argent pour vivre. Pas besoin de
consulter les cartes pour le savoir.
Alors un jour il décide
de prendre le temps de réfléchir à ce
qu’il pourrait faire de ses mains. En les regardant, il se
dit qu’il n’en ferait rien. En tous cas pas de boulot
salissant. Pas comme son père. Quoique son père ne se
les salisse plus dans son job. Ce sont les employés qui font
le boulot. L’affaire de son père, Jean, marche
très bien ce qui lui permet d’être
généreux avec lui et sa mère le lui reproche
assez souvent.
-- Tu vas en faire un
fainéant, lui dit Simone. Tu lui paies tout ce qu’il
veut, tous ses voyages. Les Indes, la Thaïlande et partout
où il veut aller. Un jour, il te demandera la Lune et
tu iras lui décrocher ! Non, il faut qu’il
travaille !
Mais remontons un peu dans le
temps….
Harcelé par sa
mère, Michel
cherche sa voie.
Un soir de déprime,
alors qu’il flâne dans Paris, Michel Bonnet
s’arrête devant une plaque de cuivre sur laquelle est
inscrit : « Grand Mage Africain. Tous travaux
occultes ».
« Un peu gonflé
le gars ! Se dit-il dit en souriant. Un peu gonflé mais
pourquoi lui ? Pourquoi pas
moi ? »
Il note le numéro de
téléphone et appelle pour un rendez
vous.
Deux jours plus tard, il
rencontre le Grand Mage Africain. Il est grand par la taille. Sans
doute un Sénégalais. Il est vêtu d’un
boubou et coiffé d’une chéchia. En entrant dans
son cabinet, Michel croit traverser une couche épaisse de
brouillard ! Il n’est pas en Afrique équatoriale,
tôt le matin, quand la brume commence à ce lever.
Non ! Il est
à Paris mais le marabout a mis la dose d’encens.
Certainement la racine d’un arbre rare provenant de la
jungle ! Michel rêve un peu.
Le marabout l’accueille
puis va s’asseoir sur un grand tapis tout en égrainant
son chapelet. D’un signe, il invite Michel à
s’asseoir en face de lui, sur le tapis. Le marabout n’a
pas encore parlé. Les yeux mi-clos, il marmonne et continue
d’égrainer son chapelet.
Des cornes de gazelles sont
là, avec des os, des morceaux de peaux provenant de
reptiles, serpents, lézards
etc…
Aux murs, des posters de
Grands Marabouts.
L’Africain observe
Michel au travers de
ses yeux mi-clos. Il le laisse terminer son regard circulaire, son
« inspection des
lieux ! »
Puis :
-- Il y en a des choses ici,
n’est-ce pas mon ami ?
Je suis…. nous
sommes, aujourd’hui entourés de l’esprit de
toutes ces choses. Mais que de bons esprits, rassure-toi mon
ami !
Michel
sourit.
Après discussion, le
marabout africain lui promet beaucoup de bonnes choses pour
cinquante euros. Mais pour qu’elles se réalisent, il
faut faire le « travail ». Et du boulot,
il y en a pour que Michel Bonnet, soit en pleine forme, qu’il
retrouve toutes les femmes qui l’ont laissé tomber,
bref pour que tout aille bien. Car il a dit oui à toutes les
affirmations du marabout.
-- Ah je vois que tu es seul.
Que ton amie t’a laissé tomber. Et puis le moral,
ça va pas non plus. Et le boulot, ça va pas non plus.
Hein ? Je me trompe ?
-- Non. Non. C’est bien
ça, répond Michel.
Michel est juste venu voir
à quoi peut ressembler un cabinet de marabout africain.
Après son inspection, il se dit que le gars est
vraiment très gonflé. Conclusion : Tout est dans
le décor et la tchatche. Au cours de la conversation, le
marabout lui a dit : « Il faut toujours
retenir les leçons de la vie pour que le futur aille
mieux. » Il a bien noté cette sage
réflexion.
« Je ferai
certainement mieux que lui », se dit-il en le
quittant.
Lors d’un voyage aux
Indes, Michel s’était déjà rendu chez un mage, mais en
compagnie d’une jolie Indienne qui voulait savoir s’il
elle se marierait avec lui. Il lui a pourtant dit qu’il
n’est pas nécessaire d’aller voir un mage mais
elle y tenait tellement qu’il a fini par se laisser
entraîner par la belle créature. Ce mage là par
contre, en le comparant avec celui de Paris, mériterait que tous les
Dieux lui donnent un coup de main, car il avait
décoré son cabinet avec soin. On avait envie
d’y retourner. Quant à la prédiction, le mage a
dit à la jeune fille qu’elle devrait être
patiente, très patiente, et heureusement le temps a pris son
temps. Michel n’était pas pressé de se
marier ! Le mage et Michel se sont souri ! Le mage indien
a compris que Michel voulait bien payer mais pour qu’il dise
la vérité, rien que la vérité, à
sa compatriote. Michel est reparti en France sans la belle
Indienne.
C’est en se souvenant de
cette visite chez ce mage que Sirius a décidé de
décorer son cabinet avec
goût.
Papa
finance
Papa Bonnet n’a pas
hésité à aider financièrement le petit
Michel, fils unique, pour louer un grand appartement dans un bon
quartier de Paris. Michel, impatient, peut enfin quitter son
studio. Les parents n’ont su que bien plus tard à quoi
leur fiston destinait leur argent.
A la question de sa
mère :
-- Mais qu’est ce que tu
vas faire maintenant, mon fils, avec un si grand
appartement ?
C’est papa Bonnet qui
répondait :
-- Mais laisse le donc
tranquille.
-- Je vous le rendrai, leur
a-t-il dit, en parlant de l’argent que ses parents ont
déboursé.
Il pourrait largement
rembourser la somme investie mais papa Bonnet refuse toujours. Il
pourrait car la voyance, ça
rapporte !
Depuis, au cœur de
Paris, dans le quartier latin, un mage se fait appeler Sirius du
nom de l’étoile la plus brillante du système
solaire appelée aussi Alpha du grand Chien par les
astronomes. Alpha étant l’étoile qui brille le
plus dans une constellation. Alpha, Bêta, Gama etc. par ordre
décroissant de luminosité.
Sirius est fier d’avoir
appris ça !
Betty
Sirius reçoit un jour,
plus exactement un soir, une jeune femme déprimée
à cause d’un échec sentimental. Elle est sous
traitement antidépresseur et anxiolytique. Elle quitte son
emploi sur un coup de tête. Désemparée, elle
n’a plus que la voyance pour la rassurer et veut savoir si le
futur sera meilleur et quand ?? Grande
question !!
-- Je vais très mal,
monsieur, Je veux vous voir tout de
suite !
Il est vingt
heures !
Sirius ne se considère
pas comme un professionnel. Pas du tout même. Mais il doit
gagner sa croûte. Donc il ne fait pas de sentiments. Il
« traite » ses patients, et empoche
l’argent. Si ses patients ne revien-nent pas, à la
limite, ça l’arrange.
Quand il reçoit Betty
pour la première fois, elle va vraiment mal. Pas question de
faiblir mais il veut vraiment la rassurer. Il veut l’aider
mais il ne lui fera pas de ristourne sur le montant des honoraires.
Betty est venue dix fois en deux mois. Cinq fois en
« visite officielle » plus cinq fois,
à l’improviste, le
soir !
-- Ouvrez ! Laissez-moi
entrer, j’ai besoin de vous ! lui
disait-elle.
Sirius, qui a quelques
aventures purement physiques, apprécie la présence de
Betty. D’un
côté, il a des aventures avec peu de sentiments et de
l’autre il éprouve de l’amitié, une forme
d’affection pour Betty. Tout ça ne lui déplait
pas du tout car il n’est trop attaché, ni d’un
côté ni de
l’autre !!
Conscient de la situation, il
se demande parfois s’il ne devrait pas quand même faire
une ristourne à Betty dans le genre à ne lui faire
payer les prestations, qu’une fois sur
deux puisqu’il profite aussi, d’un certain
bien-être. Mais cette idée ne fait que traverser son
esprit.
A partir de la
cinquième fois, ça devient de la routine. Betty aime
les sofas de Sirius. Elle aime aussi son thé et ses petits
fours. Sirius est un connaisseur et lui dit que ce breuvage est
plein de vertus. Entre autres, que le thé garde le corps en
repos et les sens en éveil !
-- Vous connaissez
l’origine du thé ?
Betty.
-- Non. Monsieur Sirius mais
vous allez me la raconter, répond Betty en
s’allongeant sur le sofa, sa tête sur les genoux de
Sirius.
Sirius est un peu surpris de
cette initiative et se dit qu’il doit résister. Il ne
doit pas mélanger le boulot et le
plaisir.
Sirius s’est
entraîné à raconter, et il met un soin tout particulier
à trouver le ton juste pour raconter l’histoire du
thé. Presque un chucho-tement tout en traînant, en
prolongeant la prononciation des mots.
Sirius adopte un ton très
sensuel. Le tout sur un fond musical asia-tique très doux.
On en redemande !!
-- Avant que le mot thé
n’arrive chez nous, chère amie, les feuilles de
thé étaient nommées tcha, cha, tay et tee. Le
mot thé vient du dialecte chinois Amoy (t’e). Cela
date de l’époque où les navires hollandais
rencontraient les jonques chinoises près du port
d’Amoy dans la province chinoise du Fuxian. Il devint thee en
hollandais puis thé, puis tea en anglais, cha en mandarin et
en portugais grâce au commerce avec Macao, puis ch’a en
cantonnais.
Laissez-vous aller Betty, et
voyez ces jonques qui semblent se prélasser sur les ondes.
Regardez ce soleil rouge qui joue à cache-ca-che avec la
brume…..
……Mais vous
dormez Betty ?
-- Non non. Continuez
s’il vous plaît. Ne vous arrêtez pas. Je me sens
bien. Je suis sur une jonque qui se dandine sur les
flots…… Vous pouvez répéter tous les
mots qui désignent le thé ? S’il vous
plaît Monsieur Sirius.
-- Oui. Bien sûr., tay,
tee. Tcha, cha…
--
Encore.
--
Encore ?!
-- Oui. S’il vous
plaît.
-- Tay tee. Tcha,
cha
Bien sûr, Sirius sait que les sons sont agréables
à l’oreille de sa patiente et continue. Tay , te,
tcha, cha. Et ainsi de suite. Et même en faisant un peu
plus traîner le
dernier son.
Tay , tee, cha, cha, tay , tee, tcha,
chaaaaa…
-- Heum…. Que
c’est bon, dit Betty.
Et Sirius de continuer en
chuchotant à l’oreille de Betty, comme sur le ton de
la
« confidence » :
-- On dit que le moine indien
qui a introduit la forme zen du bouddhisme, se serait
arraché les paupières pour ne pas s’endormir
pendant la méditation. Il les enterra devant lui puis elles
donnèrent naissance à une plante dont les feuilles
ressemblaient à des
paupières.
Il y a plusieurs sortes de
thé :
Le thé blanc, le
thé vert, le thé
rouge…..
Celui que je vous ai servi est
du thé rouge. La prochaine fois, vous goûterez au
thé blanc. N’est ce pas
Betty ?
-- Avec grand plaisir,
monsieur Sirius. J’adore le
théééééé et le
tchaaaa….dit Betty en baillant et en s’étirant
les bras au-dessus de sa tête.
Lors de son séjour au
Japon, Sirius a voulu apprendre la cérémonie du
thé. C’est tout un art. Des gestes lents, des
ustensiles particuliers.
Il les a d’ailleurs
ramené, les ustensiles nécessaires à la
préparation du thé vert en poudre, le
matcha.
Le chanoyu,
littéralement « eau chaude pour le
thé » est le nom du rituel de la
préparation du matcha.
Le chakin, toile de lin blanc,
le fouet pour battre le thé vert, l’écope
à thé, la louche, la boîte à thé
et le bol. Le tana, l’étagère pour poser le
tout. Sirius regarde de temps en temps tous ces objets. La grande
photo des cerisiers en fleurs, lui rappelle de bons moments avec de
belles Japonaises. Il est allé au Japon au printemps.
C’est la meilleure saison. Les cerisiers sont en
fleurs.